Ô démagogie, quand tu me tiens !

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Il est très difficile pour un «centriste» de ne pas être démagogue, parce que dans le souci permanent de chercher le juste milieu, d’être politiquement correct, de se conformer à l’ordre des choses, il risque aussi de se diriger sans ambage vers toutes formes de concessions - des concessions assez souvent contre-nature. La position du centriste est souvent ainsi formulée: «Je t’aime, moi non plus». Ainsi, sa position s’apparente-t-elle toujours à une «non-position».


Le positionnement au centre- en politique ou dans la vie courante- est ou peut être, certaines fois, un lieu stratégique. J’ai un ami qui parlerait avec hâte de «lieu de pragmatisme». Oui, c’est le seul lieu où l’on peut négocier avec Dieu et Satan en même temps, sans se faire insulter. C’est en étant toujours au centre, qu’on peut tirer des bénéfices des camps irréconciliables, sans avoir la mauvaise conscience d’avoir trahi tel ou tel camp. Voyons que c’est bon, le centre !


Néanmoins, la stratégie du centre traduit implicitement une forme d’unanimisme. C’est-à-dire, le meilleur des mondes, c’est celui où tous les violons s’accordent. Quel est alors le sens de la contradiction, si tout le monde doit être d’accord avec tout le monde. Donc, l’idée du centre peut se révéler contre productive pour la démocratie, quand elle cherche plutôt à casser la dynamique discursive au lieu de l’alimenter. Le jeu démocratique n’a-t-il pas besoin d’un peu de radicalité pour survivre?


Somme toute, je reconnais toute la limite de cette opinion, sachant que la vision manichéenne du monde, qui la sous-tend, peut être tout autant dangereuse. Mais, il arrive que cette velléité centriste s’avère souvent une stratégie pour avoir bonne presse, et pour ainsi parvenir à tirer son épingle du jeu. Et c’est à ce niveau-là que la démagogie n’est pas trop loin.




JWD

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