36 ans après 1986 : "Qu'avez vous fait de mon pays?"


Il y a de cela 36 ans, le dictateur Jean Claude Duvalier, dit "Baby Doc" qui avait hérité en 1971, du haut de ses 19 ans, le pouvoir tortionnaire de son père le médecin François Duvalier, surnommé, lui, "Papa doc", à laissé le pays avant l'aube, le 7 février 1986, chassé par une révolte populaire.


Après son retour, de façon spectaculaire en Haïti, le 16 janvier 2011, suite à un exil de près de 25 ans, l'ancien président haïtien, M. Jean Claude François Duvalier, a été inculpé pour crimes financiers et crimes de droits humains. Lors de son audition, le 28 février 2011 devant la justice haïtienne, à Port-au-Prince, il a lancé au juge Jean-Joseph Lebrun qui lui avait demandé s'il assumait ses responsabilités pour ses années au pouvoir de 1971 à 1986 : "Qu'avez-vous fait de mon pays"?. Une déclaration qui avait choqué la société en général et en particulier ses anciennes victimes auxquelles il faisait face pour la première fois après avoir refusé de comparaître à trois reprises.


Aujourdhui, malheureusement, on est amené à se poser la même question aux Haïtiens, notamment aux élites politique et économique : Qu'avez-vous fait d'Haïti, jadis surnommée la Perles des Antilles?


En effet, au lendemain de 86, après le règne de 36 ans de dictature des Duvalier, marqué par des crimes, des assassinats, des emprisonnements illégaux et de violation des droits humains, le peuple haïtien, aux prix de nombreuses luttes et d'engagements féconds, avait rêvé de bâtir de nouveaux espoirs, de s'engager sur la voie de la démocratie, de mettre en place des structures et des mécanismes pour favoriser l'émancipation des droits inaliénables de chaque être humain. Mais les rêves de construire un pays à la hauteur de nos aspirations sont galvaudés par la méchanceté de nos élites en panne d'idéologie, la mauvaise foi des militaires, des politiciens et des soit-disant serviteurs de l'État, de tout poil, qui ont anéanti toutes les espérances en un lendemain meilleur.


36 ans après, toutes nos élections sont truquées, nos bulletins de vote, expression de la volonté suprême des citoyens, sont jetés dans des décharges publics, et on se rappelle des citoyens ont payé de leur vie à la ruelle Vaillant en voulant exprimer leur choix d'une Haïti meilleure. Que dire de l'effondrement de toutes nos institutions, des coups d'État ensanglantés, l'ingérence de la communauté internationale dans les affaires internes du pays de Dessalines, les catastrophes naturelles et écologiques, la responsabilité des Soldats Népalais qui ont introduit la choléra en Haïti, les kidnapping et les assassinats, l'instabilité politique, le boat people, bref, toute la facture de nos gâchis et nos actes manqués est étalée devant nous comme une blessure vive et béante.


Aujourd'hui, c'est tout un chacun qui rêve de laisser le pays à la prochaine occasion. C'est toute une société qui s'engouffre dans une crise politique interminable où le temps emporte et mêle les malheurs et les secrets, les parcours trop douleureux des uns et les désarrois où se sont perdus les autres. Et cela, même pour les plus optimistes des Haitiens natifs natals, ils n'aperçoivent pas la lumière au bout du tunnel. La pandémie de la Covid 19 est venue nous rappeler qu'en raison de la fragilité de nos infrastructures sanitaires que riches et pauvres sont logés à la même enseigne.


36 ans après, "Qu' avez vous fait de mon pays"? Voilà la question que s'était posée le dictateur Jean Claude Duvalier rentré au pays pour y mourir quelques, années après, d'un cancer du pancréas. C'était une question adressée à tous les Haïtiens et particulièrement les Duvalieristes impénitents qui croyaient que, sous le règne des Tontons Macoutes, ils vivaient mieux. S'il y a des efforts au niveau de la liberté d'expression et de réunion, le droit à la parole est devenu pourtant un médium pour dénigrer les autres, les détruire. Ainsi, les notions de liberté, de fraternité et de vivre ensemble dans un État de droit sont devenus de purs slogans.


Cependant, il faut se battre pour sortir de cette misère chronique, de ce sous-développement qui étend ses tentacules dans tous les compartiments du pays. Il faut que les Haïtiens apprennent à se parler, à parier sur l'avenir, à faire montre de dépassement de soi pour résoudre définitivement les problèmes du pays. Sommes nous capables de lever un tel défi 36 ans après? Personne ne le sait, mais il faut se battre. Il faut lutter aussi. Apprendre à participer massivement aux élections pour éviter la présence des politicailleurs dans les avenues de l'État. Investir dans l'éducation, l'agriculture et le tourisme qui est une industrie sans cheminée. La route pourrait être longue, nous pouvons faire preuve de résilience pour atteindre nos objectifs.


Ici à Écho Ayiti nous avons fait le pari de nous tourner vers l'avenir en réclamant la participation des citoyens de bonne volonté pour refaire l'image de ce pays si rabougri et si fané. Que l'esprit qui avait abouti au 7 février 1986 nous sorte de notre sommeil profond et qu'il nous permette de nous mettre debout et vivre dans l'unité qui fait la force et dans la fraternité aux fins de regarder vers le même chemin qui mène à l'harmonie et au développement durable.



La rédaction

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