Desmond Tutu : une source d'inspiration pour les luttes de libération nationale

Dernière mise à jour : 30 déc. 2021

echoayiti.com

La mort de l'archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, icône de la lutte contre l'apartheid, ce dimanche 26 décembre 2021, dans son sommeil, à l'âge de 90 ans, a suscité de vives émotions tant à travers son pays qu'à travers le monde. Il était la dernière des figures emblématiques encore en vie de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, depuis la mort de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013.


Dès l'annonce de son décès, les réactions affluent du monde entier. Nombreux sont les personnalités politiques, chefs religieux ou spirituels et les organisations des droits humains qui lui rendent hommage et saluent en lui un être humain extraordinaire, une inspiration, un penseur, un leader, un berger, un phare morale, un esprit universel, un patriote sans égal... Bref, un symbole de bienveillance et d'espoir bien au-delà des frontières de son pays.


"Sa perte est incommensurable," a déclaré la Fondation Mandela en Afrique du Sud. "Elle laisse un vide immense sur la scène internationale et dans nos cœurs," selon le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Le Dalaï-lama a salué "un grand homme, qui a vécu une vie pleine de sens, entièrement dévoué au service de ses frères et sœurs". "Un inlassable défenseur des droits humains" pour la reine Elizabeth II. Et le pape François, qui s'est dit attristé par cette perte, va jusqu'à recommander son âme à la miséricorde aimante de Dieu tout-puissant pour sa contribution à l'évangile par la promotion de l'égalité raciale et de la réconciliation.


Desmond Tutu dont le verbe charismatique, le sourire contagieux et l'humour espiègle ont ravi et charmé bien des gens, était une icône de la lutte contre l'apartheid, en Afrique du sud, au même titre que l'ancien président, Nelson Mandela. Un régime déshumanisant aussi immoral et antichrétien que le nazisme, avait-il martelé au feu président Ronald Reegan, accusé à l'époque de soutenir Pretoria. En 1985, dans un discours appelant la communauté internationale à prendre des sanctions contre le régime de ségrégation raciale en Afrique du sud, il a déclaré : "Pour l'amour du ciel, est-ce que les Blancs vont entendre ce que nous essayons de dire? S'il vous plaît, la seule chose que nous vous demandons, c'est de reconnaître que nous sommes humains, nous aussi. Quand vous nous écorchez, nous saignons, quand vous nous chatouillez, nous rions."


Apôtre de la non-violence, à l'instar du révérend pasteur Martin Luther king et de Gandi, il a consacré toute sa vie dans la promotion en faveur de la liberté, la paix, de l'amour, de l'égalité et de la justice sociale. "On est être humain à travers d'autres êtres humains. Nul ne vient au monde achevé. Nul ne saurait penser, marcher, parler, se conduire s'il ne l'avait appris de ses frères. Chacun a besoin d'eux pour acquérir son humanité. Je suis parce que d'autres sont", avait-il affirmé tout en préconisant la solidarité entre les hommes : "Faites le bien, par petits bouts, là où vous êtes; car ce sont ces petits bouts de biens, une fois assemblés, qui transforment le monde."


Lors de sa visite en Haïti, en 2006, ce mapou de la lutte contre la ségrégation raciale s'était adressé aux manifestants en colère qui envahissaient l'hôtel Montana en vue de revendiquer la victoire de René G.Préval, à l'issue des contestations électorales de l'époque. Triste est de constater que sa mort n'a pas eu grand écho en Haïti, contrairement à ce que l'on pouvait espérer, alors qu'au delà de l'Afrique du Sud, son combat contre toutes formes d'injustices et d'inégalités sociales doivent être considéré comme une source d'inspiration pour tout patriote qui croit aujourd'hui encore dans la régénérescence d'Haïti gangrenée par la corruption, le kidnapping et des querelles de chapelle.


Jusqu'au dernier moment de sa vie, même affaibli, suite à un cancer de la prostate, il était très actif et n'a jamais transigé avec sa liberté de parole et son amour inconditionnel pour son pays, et surtout pour la défense des noirs où qu'ils se trouvent. Il n'hésite pas à critiquer l'ANC ( Congrès national africain) pour ses dérives au lendemain de la fin de l'apartheid. Il était un ardent défenseur contre le réchauffement climatique, militait aussi en faveur du suicide assisté et s'était érigé contre l'homophobie.


Une semaine de deuil national a été décrété en Afrique du Sud en sa mémoire. Et ses obsèques seront chantées le 1er janvier 2022, à la cathédrale Saint Georges qu'il chérissait beaucoup. Toutefois, il n'y aura pas de funérailles nationales. Car l'archevêque a toujours exprimé le souhait d'avoir des funérailles très simples. Pas de défilés militaires ni d'un cercueil somptueux. Tout ce qu'il voulait, c'était de l'amour, ont expliqué ses proches qui travaillent à respecter et faire respecter les dernières volontés.


Desmond Tutu est né le 7 octobre 1931, à klerksdorp, dans la province du Transvaal, en Afrique du Sud. En 1955, il se marie avec Nomalizo Leah Shenxane, une enseignante, qui lui donna quatre enfants. Il fut dabord enseignant, puis fit des études de théologie devenant ainsi le premier archevêque anglicain noir du Cap et de Johanesbourg en 1986. Johannesbourg en 1986. En 1982, il a publié The Divine intention, un ouvrage qui réunit des conférences qu'il a prononcées, suivi en 1983 par le recueil de sermons Hope and Suffering "Espoir et Souffrance" il reçoit en 1984, le prix nobel de la paix pour son rôle dans la lutte contre la ségrégation raciale. À son accession à la présidence, Nelson Mandela le nomme à la tête de la Commission de la vérité et de la réconciliation en vue de faire la lumière sur les crimes et les exactions politiques perpétrées durant l'apartheid, au nom des gouvernements sud-africains, mais aussi ceux perpétrés au nom des mouvements de libération nationale. Il a à son actif plus d'une centaine de doctorats "honoris causa" et a reçu 10 décorations et 6 prix.