En Guise d’adieu à Éric Jean-Baptiste

Par Sauveur Pierre Étienne

echoayiti.com

L’assassinat du président Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, dans les conditions que l’on sait, consacre le troisième effondrement de l’État fragile haïtien (1994, 2004, 2021) légué par l’occupation américaine d’Haïti (1915-1934). Le siège de Port-au-Prince par des gangs lourdement armés faisant fonctionner l’industrie du kidnapping à plein rendement et s’adonnant à des actes d’exécutions sommaires et de viols collectifs entraîne l’écroulement de l’économie et du lien social. En fait, nous assistons au phénomène d’effondrement sociétal, impliquant l’anarchie sanglante, le chaos généralisé. On circule donc en Haïti le cercueil sous le bras… L’assassinat de l’entrepreneur Éric Jean-Baptiste, leader du RDNP, dans la nuit du 28 au 29 octobre 2022, ne fait que cristalliser cette réalité tragique.

​L’assassinat de n’importe quel être humain me choque, mais m’affecte davantage lorsqu’il s’agit d’un parent, d’un ami ou d’un compatriote haïtien. Celui d’Éric Jean-Baptiste m’ébranle. Lorsqu’un ami-frère, en pleine nuit, m’apprend la nouvelle, je me suis souvenu aussitôt de l’époque où ensemble, au sein du G-8, nous combattions pour le respect du verdict des urnes.


Comment oublier la mission délicate que me confiaient certains amis et collègues politiques, lors de notre rencontre initiale, le dimanche 1er novembre 2015, en vue de la formation du G-8 ! Cette mission : prendre rendez-vous chez lui avec Éric Jean-Baptiste pour le convaincre de se joindre au groupe des anciens candidats à la présidence décidé à faire échec au coup de force électoral en cours du régime Tèt-Kale. Bien que compétiteurs politiques, il a vite compris l’urgence et l’opportunité de notre démarche. D’où sa contribution effective à la naissance du G-8.


Au sein du G-8, ses interventions et ses remarques constructives, par leur pertinence, étonnaient plus d’un. Car sa jeunesse, 45 ans alors, sa fougue, son patriotisme ombrageux et son aisance financière ne l’empêchaient nullement d’être humble, de faire des compromis politiques, voire de s’effacer au profit d’un autre candidat.


​C’est ce père de famille, cet entrepreneur et ce chef de parti qui vient d’être assassiné. Au fil des ans, nous nous sommes liés d’amitié. Le pays perd en lui un patriote sincère, un citoyen généreux de qui dépendaient bon nombre de familles nécessiteuses.

Aussi, m’en voudrais-je de ne pas adresser à Éric Jean-Baptiste un adieu fraternel. J’en profite pour présenter mes sincères condoléances à ses parents proches, à ses amis, collaborateurs immédiats et membres du RDNP.

Sauveur Pierre Étienne

30 octobre 2022

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