Guerre des gangs : De Croix-des-Bouquets à Cité Soleil les cadavres s'empilent

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Après que Croix-des-Bouquets a enregistré, du 24 avril au 6 mai 2022, quelque 200 personnes assassinées sans compter diverses blessées dans des affrontements entre gangs armés, c'est le tour de Cité Soleil de compter, le week-end écoulé, ses cadavres et ses blessés, suite aux guerres opposant G-9 et G-Pèp, deux groupes rivaux qui se disputent des territoires pour le contrôle du plus grand bidonville de la zone métropolitaine. La violence y est à son comble et les cadavres dont certains sont dévorés par des porcs et des chiens s'empilent...


Du vendredi 6 au dimanche 8 juillet 2022, les habitants de Cité Soleil se retrouvaient, comme c'était le cas, il y a quelque mois, pour ceux des régions de la Croix-des-Bouquets, sous les feux croisés des groupes armés qui sèment la terreur au sein des familles haïtiennes depuis bien des temps. Cette guerre a éclaté entre les gangs G-9 et G-Pèp, respectivement dirigés par Isca et Tigabriel pour le contrôle des divers quartiers du bidonville, en particulier de la zone où se trouve le principal terminal pétrolier du pays, objet de nombreux rackets. Au terme de ces affrontements, les cadavres s'empilent, les blessés sont dans un état critique et les fuyards nombreux. Le bilan fait état de plus de 300 morts et 160 blessés, selon M. Pierre Espérance du RNDDH. Quant à L'ONU, elle estime à 234 le nombre de gens tués ou blessés dans le cadre de ses affrontements.


L'agent exécutif intérimaire de Cité Soleil, Joël Janéus, a déploré des victimes parmi la population civile. «Le nombre de victimes augmente de jour en jour et sont pour la plupart des membres de la population qui fuyaient les combats», a-t-il expliqué tout en reconnaissant qu'il est très difficile d'avoir des chiffres exacts concernant le nombre de morts. «Dans les deux camps, a-t-il dit, on brûle les cadavres des adversaires, et le reste est dévoré par des porcs et des chiens». À cause de ces accrochages, ils sont des centaines les gens qui fuient leurs maisons pour échapper à la mort, et ceux qui restent assiégés manquent de l'eau, du pain et des médicaments, selon des sources concordantes. Une catastrophe humanitaire qui s'ajoute déjà à celle de la Plaine du Cul-de-Sac.


Le même constat pour M. Pierre Espérance : «La majorité des personnes tuées sont de la population civile. Ce sont les personnes vulnérables, les femmes et les enfants [...] C'était pareil à Croix-des-Bouquets entre fin avril et début mai». Et c'est pas l'ONU qui dirait le contraire. «La plupart des victimes ne sont pas directement liées aux gangs mais ont été visées par des membres de gangs et nous avons aussi reçu des informations sur des violences sexuelles», a écrit le Haut commissariat des Nations-Unies aux droits de l'homme, qui a enregistré 934 meurtres, 684 blessés et 680 enlèvements sur la période de janvier à fin juin 2022.


Intervenant sur diverses stations de radio de la capitale, le maire Joël Janéus n'a pas mâché ses mots pour critiquer ceux qui sont à l'origine de cette guerre fratricide et le climat d'insécurité généralisé dans le pays en alimentant des groupes criminels en armes et en munitions. Il déplore également l'absence de l'État à la Cité. «La commune n'a pas de policiers, pas de tribunal de paix. Il faut que l'État revienne, que l'on implante des projets pour donner une alternative à ces jeunes qui s'entre-tuent». Il se dit dépassé par les événements. Et comme un aveu d'impuissance, il s'exclame : «Il faut faire la paix. [...] J'ai été contacté par des jeunes qui voudraient que cette guerre cesse. Mais je ne peux rien. Je n'ai aucun moyen».


La police n'a jusqu'ici fait aucune intervention dans la Cité pour porter secours à la population civile qui ne sait à quel saint se vouer. C'est ce qui est le plus révoltant à supporter, selon divers habitants de la zone qui vivent avec le sentiment d'être abandonnés par celle-là qui est censée les protéger. Ce qui semble donner champ libre aux bandits pour piller, incendier, violer et tuer à leur guise. Un véritable cauchemar, un enfer, et cela nuit et jour, pour tous ces laissés-pour-compte qui y habitent. Face à de tels manquements de la part des autorités, M. Jeremy Laurence, porte-parole du Haut commissariat des Nations-Unies rappelle que «la lutte contre l'impunité et les violences sexuelles, tout comme le renforcement des droits humains et la surveillance de leur mise en application doivent rester une priorité». Ainsi les exhorte-il «à faire respecter tous les droits humains et à les mettre au cœur de leurs actions».


Qui pis est, deux semaines depuis que la guerre des bandes armées fait rage à Cité Soleil, le Gouvernement, à travers son ministre de l'intérieur, envisage d'apporter de l'aide humanitaire à la population de Brooklyn, la plus touchée de cette escalade de violence, sans prendre pour le moment aucune décision pour faire cesser le combat, a confié Sherly Joseph, l'un des agents exécutifs, à notre confrère de Le Nouvelliste.


Agissant en toute impunité, les gangs occupent de plus en plus d'espace et se montrent plus cruels que jamais. Durant ces dernières semaines, ils ont amplifié leurs forfaits. Selon le dernier rapport du Centre d'Analyse et de Recherche en Droits Humains (CARDH), quelque 155 enlèvements ont été commis en juin contre 118 au mois de mai.


Antoine Junior

Junylevoyageur@gmail.com