Haïti: À quand le projet pays ?

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Il existe un principe universel également énoncé dans la Bible selon lequel une maison divisée contre elle-même ne pourra jamais prospérer. Certainement, surgiront des désaccords entre les membres d’une même famille mais il est de l’intérêt commun qu’un climat de paix, de dialogue soit bien instauré pour garantir la sécurité et la prospérité de tous. Partant de ce principe, nous pouvons affirmer sans sourciller, qu’Haïti est condamnée à végéter.

Libre à vous de penser que cette réflexion relève du fatalisme, mais autant qu’il est vrai que la pesanteur est une force qui attire les corps vers le centre de la terre, autant cette affirmation respire du bon sens. Bien sûr, nous pouvons toujours claironner que l’espoir fait vivre et ‘’toutan tèt ou poko koupe ou espere mete chapo’’. Nous pouvons toujours multiplier les veillées de prières ou les cérémonies de danses vodou pour invoquer la clémence des forces invisibles. Mais, en vérité, il ne suffit pas de garder l’espoir ou d’être désespéré, d’être optimiste ou pessimiste, si nous ne prenons pas des décisions responsables et efficaces qui visent à rassembler les Haïtiens et Haïtiennes autour d’un projet commun, nous allons continuer à tourner en rond; Nous pouvons multiplier les colloques, les rencontres-débats autour desquels nous épuisons toutes les formules des grandes théories européennes et nord-américaines sur des sujets traitant de la grandeur d’une nation, du développement économique, des avantages du capitalisme, etc. nous ne sortirons jamais du cercle vicieux dans lequel un petit groupe de coquins vont faire leur beurre au grand dam de la population désœuvrée.

Le problème est pourtant simple: nous n’avons pas un projet de pays. Après l’indépendance, nous nous sommes fourvoyés et maintenant tout ce qui nous reste ce sont des phrases génériques, vidées de leur sens et essence, telles ‘’À bas la corruption’’, ‘’À bas lavi chè’’, ‘’Haïti is open for business’’ ‘’Ayiti dekole’’, "Caravane changement’’, et la liste pourrait s’allonger à l’infini. Dans le concret, nous n’avons rien réalisé. Au contraire, le pays s’enforce davantage dans l’abime du sous-développement et de la misère. Nos diplômes n’ont plus de valeur, les gangs pavanent et mettent l’État à genou, les structures sanitaires sont déficientes, les loisirs sont quasi inexistants, la classe moyenne s’appauvrit, la haine contre les Haïtiens d’origine syro-libanaise se manifeste sans gêne sur les réseaux sociaux, le fossé entre riche et pauvre est devenue une plaie béante, la dichotomie République de Port-au-Prince et Pays en dehors est, tristement, une réalité actuelle, notre système judiciaire est une parodie. Bref, le pays est malade dans tous ses compartiments.

Les phrases creux de nos dirigeants, destinées à resonner favorablement aux oreilles d’une communauté internationale qui ne s’intéresse qu’à la défense et la protection de ses intérêts, susceptibles de leur assurer la bonne grâce des missions diplomatiques, mais les problèmes nationaux demeurent entiers. Loin de moi l’idée que tous les malheurs qui nous frappent viennent d’un complot extérieur. Comme un ambassadeur français, Yves Gaudeul, eut à nous le rappeler : "pour sortir du trou il faut arrêter de creuser". Nous avons, pendant longtemps semé l’incompétence, il est plus que logique que nous soyons dans la situation pourrie dans laquelle nous nous enlisons aujourd’hui.

À attendre un miracle, une main tendue, quelle que soit sa provenance, relève de l’irrationalité pure et simple. Le pays que nous voulons doit être d’abord imaginé et dessiné, ensuite, nous devons adopter un plan de route pour sa concrétisation. Le livre ‘’Penser le développement’’ du Docteur Rony Durant en dit long.

Il relève du ridicule que la communauté internationale nous suggère les élections comme le remède à tous nos maux à chaque fois que le pays va mal. C’est honteux que d’attendre les conclusions des colloques internationaux pour savoir de quoi notre demain sera fait. Malheureusement, les politiciens qui ne cessent de scander, sans conviction d’ailleurs, que la solution doit être à l’haïtienne, au moment fatidique, ils se tournent la tête vers les ambassades pour savoir quelle direction prendre avec le pays. Notre pays.


Nous ne pouvons pas vivre en vase clos. C’est inconcevable parce que le monde est devenu un village. Cependant, il est temps d’arrêter d’appliquer les solutions toutes faites ‘’made in USA’’ à notre réalité haïtienne. Nous avons besoin de jeter un regard objectif sur notre situation. De comprendre nos forces et d’accepter nos faiblesses. Pour vivre ensemble, nous n’avons pas besoin d’appartenir au même courant politique, d’être de la même classe sociale ou économique. Il nous faut accepter de faire route ensemble en tant qu’haïtiens et haïtiennes autour d’un projet de pays plus fort que nos divisions d’origines multiples. «Nous avons osé d’être libres, osons de l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes» comme le Père de la Nation, Jean Jacques Dessalines lui-même, l'aurait souhaité.

Edson Duralien

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