Il nous faut nécessairement une trêve

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Pour certains observateurs avisés de la société haitiene, le rêve, à cours terme, d'une Haïti régénérée plus juste et plus égalitaire, et où il fera beau de vivre, semble tout simplement irréalisable ou même fou. Nous marchons péniblement, telle une traversée du désert et cela depuis très longtemps. Depuis 1986, après la fin de la dictature des Duvalier, le pays s'est engagé dans une transition politique interminable qui n'a abouti à aucun changement réel, il y a de cela trois longues décennies.


Nombreux sont les compatriotes qui étaient rentrés dans le pays après la période post-Macoute aux fins de contribuer à la reconstruction d'un pays qui a laissé un long linceul de deuil pendant les trente ans de dictature entre Papa et Baby Doc (1957-1986). Aujourd'hui, hors mis ceux-là assassinés sous les balles des tueurs embusqués, ceux qui essaient de survivre dans l'Haïti de maintenant, ce pays qui est le nôtre, doivent faire acte de contriction pour leur aveuglément et leur entêtement, se repentir de leur trop plein de patriotisme et de confiance en des lendemains de meilleurs.


Le pays le plus pauvre de l'Amérique est devenu, de surcroît, invivable. Le Peuple haïtien est plongé dans un découragement implacable. Il ne voit s'ouvrir aucun horizon nouveau porteur d'un nouvel idéal de vie.

Tous les indicateurs de développement susceptibles de nous signaler les avancées sont au rouge. Nous sommes devenus ridicules et insignifiants aux yeux des autres et la risée de la communauté internationale. Sans conviction, nous assistons au théatre de la débâcle de politiciens sans foi ni loi, et également, à l'échec du secteur privé qui pouvait et peut oeuvrer à une harmonie sociale en entreprenant une politique d'incitation à l'investissement. Le résultat que nous regardons est révoltant, il oblige nos compatriotes à s'aventurer dans les cieux plus cléments.


Aux dernières nouvelles, les Dominicains, ce peuple avec qui nous partageons la même île, ont décidé de construire un mur pour établir beaucoup plus de distance entre eux et nous. Et se construire une nouvelle forme de distance entre eux et nous les Haïtiens qui les avaient pourtant dirigés pendant 25 ans durant le long règne de Jean Pierre Boyer, au 19è siecle. Et ce, de façon inattendue. Mais ce qui devient une habitude chez nous, c'est l'insécurité qui est devenue un sujet de conversation presque banal. Des actes d'enlèvement contre rançon se multiplient à un rythme effarant, le crétinisme de nos dirigeants dans tous les domaines, la misère et la pauvreté qui élisent leur quartier dans presque tous les foyers. Concernant des actes des bandits, personne n'est épargnée. La société fait le décompte de ses victimes au jour le jour. Dans ce moment si sombre de la vie nationale, il est important de faire une trêve.


Dans une société haïtienne, divisée, déchirée par des conflits, de cruelles injustices, et rongée par ma misère, il importe plus que jamais que tous les Haïtiens unissent leurs efforts de tout leur coeur pour amorcer un dialogue franc, pluraliste et ouvert, une pause pour apporter un regain de soulagement à une population en détresse. Cette trêve est vivement nécessaire pour nous regarder en face, et surtout pour que les gens au pouvoir puissent s'examiner afin d'améliorer le cadre de vie des Haitiens. Pour que tous ensembles mûs dans un même intérêt nous puissions nous rassembler pour changer l'image de notre patrie bien-aimée. Car comme disait Lucien Fèbvre: "Dans le bateau menacé, ne soyez point Panurge qui se salit de mâle peur, ni même le bon Pantagruel qui se contente tenant le grand mât embrassé de lever les yeux au ciel et d'implorer. Retroussez vos manches comme frère Jean et aidez les matelots à la manoeuvre."


La Rédaction


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