L'heure est venue de sortir Haïti du "trou de merde"...

Dernière mise à jour : 16 janv.

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11 janvier 2018-11 janvier 2022, ça fait plusieurs années déjà depuis que l'ancien président américain Donald Trump avait traité, selon des sources concordantes à l'époque, recueillies par le journal américain The Washington Post, plusieurs nations africaines ainsi que le Salvador et Haïti de "pays de trou de merde" (Shithole countries), lors d'une réunion sur l'immigration avec des sénateurs. "Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici?", avait-il lâché, sans gène, et expliquant que les Etats-Unis devraient plutôt accueillir des ressortissants de la Norvège, par exemple. Et de son côté, le New York Times avait, en juin de l'année précédente, rapporté que le titulaire de la maison blanche avait affirmé, lors d'une autre réunion sur l'immigration, que les Haïtiens "ont tous le sida". Autant de propos désobligeants et clivants qui avaient provoqué de vives réactions partout dans le monde. Une date qui aura marqué notre vie de peuple et qu'aucun patriote conséquent ne saura oublier tant l'ignominie était grande et monstrueuse.


Ce n'est pas la première fois qu'Haïti est victime d'actes xénophobes et racistes de la part des détracteurs, d'anciens colons ou des blanmannan nostalgiques d'un temps révolu. La liste est longue : l'affaire du Capitaine Batsch sous Nissage Saget (11 juin 1872), l'affaire Lüders sous Tirésias Simon Sam (21septembre1897), l'affaire Rubalcava sous Fabre Geffrard (6 juillet 1861), la négrophobie manifeste des Yankees lors de l'occupation américaine (1915-1934) où même le président haïtien s'était vu refuser l'accès à certains endroits huppés de la capitale. Plus près de nous, les déclarations de l'ancien président américain Georges Bush, père, qui n'entendait pas envoyer des troupes restaurer la démocratie après le putsch contre Aristide en 1991 parce que, selon lui, "Haiti ne vaut pas la vie d'un soldat américain;" celles de l'ambassadeur français, M. Yves Gaudeul, en juillet 2003, où il nous traitait de fous qui creusaient leur propre abîme ou de Maradona qui lançait à des journalistes : "si je n'arrive pas à qualifier l'Argentine pour la coupe du monde, Haïti serait le seul trou où je me réfugierais". Sans oublier le Ministre canadien Paradis pour qui aucun citoyen chez lui n'oserait traiter un animal de la façon dont les autorités en Haïti traitent les Haïtiens, sans se faire arrêter."


Ce jour là, c'était pire encore, un président américain qui allait jusqu'à nous qualifier de pays de merde. C'en était trop et franchement ça m'emmerdait et aujourd'hui encore. On s'attendait à une réponse collective, digne de nos ancêtres, en dehors des clivages politiques et sociaux. Mais les réactions étaient mitigées. Chez les citoyens, elles étaient partagées entre indignation, révolte et culpabilité. Et du côté des autorités, c'était le manfoubinisme, la lâcheté comme d'habitude d'ailleurs... Certains allaient jusqu'à chercher une excuse aux propos malsains de Trump. Or, l'insulte, nous dit notre illustre prof de droit constitutionnel et administratif, Me Jaquenet Occilus, n'est jamais justifiable et nous ajoutons encore moins dans le cas d'un pays qui a produit Rosalvo Bobo, Emile Saint Lot, Antenor Firmin, Jacques Roumain, Jacques Stéphen Alexis, Jean Metellus, Martha Jean Claude, Ansy Derose, Jean Price Mars, René Dépestre, Dany Laferrière, Leslie François Maniga, Dr Daniel Mathurin etc.


La singularité d'un pays de merde


À la question combien bouleversante de savoir si les pays de merde existent, j'ai l'affreuse douleur de répondre par l'affirmative. Ha oui! les pays de merde existent bel et bien! Et quelle en est la singularité? Les voici sans que nous ne cherchions à justifier les propos dégoûtants de Trump, sous peine de déni de citoyenneté ni à dédouaner les haïtiens dans un élan de patriotisme aveugle et aveuglant.


Un pays de merde, c'est un État voyou, ayant à sa tête des inculpés, "des alibabas", des drogues dealers, des "bandi legal", et surtout des crétins sonores et arrogants, patentés et reconnus d'utilité publique qui badinent de façon machiavélique avec la destinée de toute une Nation. C'est la déroute de l'intelligence comme disait feu le prof Roger Gaillard. Un État failli incapable d'assurer ses fonctions même essentielles (santé, éducation, sécurité, logement...), avec un peuple "zombi" qui abrite les "kounouk," les cités "katon," les ravins, en compagnie des ravets, des rats... alors que l'on a vu un ancien président s'époumoner, voire se vanter, partout où il donne ses spectacles de merde, au goût répugnant avoir volé l'État sans que la Nation ne lui demande des comptes et crie halte.


Un pays de merde, c'est un État avec un "lakou" délabré, "san mèt" où des charlatans s'autoproclamant Dj ou artistes peuvent avoir la carte blanche pour déverser leurs saletés dans des autobus qui transportent des enfants, dans les écoles, les médias, au su et au vu des autorités sans qu'aucune mesure ne soit prise pour protéger la santé mentale de nos jeunes, selon les lois sur les bonnes moeurs. Qui pis est, ils trouveront des incultes parmi nos dirigeants pour les élever au rang d'ambassadeurs de la culture. Bel exemple de dirigeants de merde!


C'est un État devenu un vaste cimetière à ciel ouvert où se déambulent des fantômes, des morts-vivants tant la vie est banalisée. Dans ce pays-là, les malfrats courent les rues, volent, kidnappent, violent et tuent, à toutes les heures du jour et de la nuit, et ce, en toute impunité augmentant ainsi la liste déjà trop longue des veuves et des orphelins. Ensuite, viendra le fameux refrain : l'enquête se poursuit. Si un jour, on parvient à appréhender ces criminels, y aura toujours des magistrats véreux qui leur feront bonne mine pour quelques sous, au mépris des victimes: "Aucune charge n'est retenue contre vous, allez, mes enfants, ne péchez point" (Affaire Lamarre Belizaire et Sonson Lafamilia), quand ce ne sont pas des flics ripoux qui leur ouvrent la prison : "Messieurs c'est la récré, profitez-en pour rentrer chez vous." Une justice de merde!


Un pays de merde, c'est un État san koutcha avec une jeunesse blengendeng, en mode chawa, qui a perdu le sens du beau, du vrai, du bien et du sacré jusqu'à ne se raffoler que du woywoy, du raboday. Pour la plupart des jeunes d'aujourd'hui, connaissance, vertu, dignité ce sont là de vains mots, des merdes. Seuls les plaisirs du ventre et du bas-ventre comptent. Un État où des églises se dégénèrent en de véritables assemblées d'escrocs, sans scrupules, qui exploitent la naïveté, l'ignorance et l'à misère de pauvres fidèles tèt mare, très souvent par des sermons aliénants et creux qui frisent l'idiotie, et qui tendent à saper, les efforts des Galilée, des Descartes, des Newton, des Kant, des Louis Pasteur, des Bacon, des Einstein... pour nous éviter de "marcher à quatre pattes", depuis que l'homme est au centre des préoccupations des Humanistes et chercheurs, et surtout à l'ère des nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est de la merde, Voltaire en riait bien.


Un pays de merde, c'est une savane désolée habitée par une foule de gens sans lien de solidarité, sans le sens du bien commun, et ne partageant aucune des valeurs et des idéaux des Lumières sinon que le manfoubinisme, le sangwennisme contagieux, le chen manje chen... Un État où vol, mensonge, démagogie, et corruption se sont érigés en système. C'est un pays où le non sens est une constante. Lors d'un match pour la paix opposant Brasil et Haïti, sous le gouvernement Alexandre/La Tortue, on a vu des concitoyens arborer les couleurs de l'équipe adverse et sauter de joie à chaque but encaissé par les grenadiers. Score du match au final: 6-0, ce jour là. À chaque match Barcelone vs Réal, Argentine vs Brasil, ou autres, l'EDH se démêle pour nous gratifier d'un peu d'électricité et pourtant répond à l'abonné absent quand nos vaillants bacheliers, avenir du pays, ont besoin du courant pour étudier, à qui, d'ailleurs, il semble dire d'aller se faire foutre. Dans la merde, on y est jusqu'au cou.


Il est important de souligner tout de même pour Trump, si c'est vrai qu'on habite un pays constitué, pour la plupart, de dirigeants manfoubin, sans conscience et avides, on est pas pour autant tous des merdes. Nombreux sont les compatriotes conséquents qui n'entendent pas nier leur origine, ni fuir leur responsabilité pour quelques dollars, un visa, un poste, un transfert de classe, et qui se distinguent par leur culture, leur génie, leur courage, malgré vents et marées, dans la quête inlassable des lendemains meilleurs, et de surcroît, d'une nouvelle Haïti. Nos madan Sara, nos artisans, nos artistes et tant d'autres encore sont des exemples vivants de courage, de fierté et de dignité.


De tels affronts ne sauraient être lavés à coup de slogans, ou de résolutions parfois votées pour la parade, ou de vaksinn dans des manifestations improvisées. Seule une prise de conscience collective libèrera le pays de tous les merdes qui entravent son développement. C'est le temps du grand coup de balai pour répéter Jacques Roumain; le temps des semences, dira Anthony Phelps. Unissons-nous pour le grand konbit. On peut bien changer la donne et remettre la pendule à l'heure. Et des détraqués comme Donald Trump ne trouveraient aucune raison ni prétexte pour nous traiter de merdes parce que, dans un sursaut national, l'on arriverait déjà à débarrasser le pays de ses dirigeants et élites de merdes qui nous ont plongé tous dans la merde pendant plus de deux siècles.

Antoine J.

Sociologue/ politologue/Juriste

Junylevoyageur@gmail.com