"Nou pa peyi nou pa moun ankò"

Dernière mise à jour : 5 janv.

echoayiti.com

Ce qui s'est passé aux Gonaïves, le 1er janvier 2022, date symbolique qui rappelle le 218e anniversaire de la fondation de l'État haïtien doit être figuré dans une anthologie de la bêtise et de la honte... À un moment où le chef du gouvernement haïtien, le docteur Ariel Henry devrait chercher à panser les plaies béantes de l'année 2021, une année horrible qui a plongé l'ensemble de la société haïtienne dans l'émoi et la consternation la plus totale, il s'est laissé embué dans des vagues de provocations à la fois inutiles et gratuites. Il était pour ainsi dire victime de ses mauvais calculs liés à une logique de rapport de force dont lui même en est la principale victime.


La scène s'est passée sur les perrons de la "Cathédrale du Souvenir" des Gonaïves construite sur l'administration de l'ancien général président, Paul Eugène Magloire pour célébrer les 150 ans de notre indépendance. Le PM Henry accompagné des membres de son gouvernement, des officiers de la Police nationale d'Haïti ainsi que des membres du haut état-major de l'armée, ont assisté à une messe de Te Deum dans une cathédrale vide. Les fidèles catholiques et le peuple haïtien étaient absents à la cérémonie déroulée sans aucune solennité. Ils n'ont pas pu communier dans le même esprit de patriotisme qui devrait nous animer tous, comme le faisaient nos valeureux ancêtres qui nous ont légué cette patrie que nous nous acharnons à détruire aveuglément.


En dehors des litanies et de l'homélie trop succinctes du prêtre, la geste de Vertières était carrément absente. Elle était galvaudée. La cité de l'indépendance s'est réveillée sous la furie des pneus enflammés. L' air déjà sec était troué par le bruit tonitruant des balles des tueurs embusqués.


Le premier ministre et des officiels courent dans tous les sens à la recherche d'un abri pour apaiser leur peur. Le bilan est déjà lourd. Il y a des blessés et même des morts. Il y a aussi d'autres dommages collatéraux en raison du manque de sagesse de ce PM de facto qui n'a ni les moyens de sa politique ni la politique de ses moyens pour mener la barque nationale. Si sa présence à Gonaïves devrait résulter d'une décision politique, il n'en demeure pas moins que le chef de la primature devrait faire montre de patriotisme pour éviter ce bain de sang, et chercher à recoudre le tissu social haïtien déjà déchiré et écartelé.


Nous avons vu les invités de la messe de Te Deum prendre leurs jambes à leur cou. Nous avons assisté à un pays qui ne cesse de disparaitre sous nos yeux. À l'effondrement de l'État haïtien incapable de maîtriser les maîtres et malfrats de ce pays qui sèment le deuil à Martissant, à L'aboule, à Carrefour Feuilles à Croix des Bouquets et d'autres communes avoisinantes. Y compris dans d'autres régions du pays.


M. Ariel Henri pourra-t-il expliquer à la nation ce qui s'est passé à Gonaïves? Une tragédie qui le déshonore et qui annihile à sa plus simple expression le rôle régalien de l'État et fissure les soubassements d'une société organisée. Imaginez qu'un tel incident arrivera à Biden ou à Vladimir Poutine. C'est quand même impensable dans ces deux cas là. Il y a dans ces pays des gens qui sont à la hauteur de leur responsabilité.


À qui profite vraiment ce qui s'est passé aux Gonaïves? Ce n'est pas à ce gouvernement affaibli et décrié, incapable de freiner les actes odieux des bandits. Ni à l'opposition politique qui vit depuis 86 de statut quo et de tabula rasa. Encore moins à tous ces bandes armées qui créent la pagaille, kidnappent, violent et tuent comme bon leur semble.


Mais ça ternit l'image de notre pays sur la scène internationale. Un pays incapable de se lever et se reconstruire. Un pays abandonné à son propre sort et désespérant. Mais pour les enfants qui grandissent, nous devons au moins leur dire la vérité, savoir que nous avons échoué dans notre façon de diriger les destinées de ce pays en raison de nos luttes fratricides et de nos querelles intestines.


Que les évènements tragico-comiques des Gonaïves nous apprennent, pour une fois, à nous rassembler et surtout à redéfinir un projet commun pour Haïti afin de la sortie définitivement du marasme économique, social et politique dans lequel elle s'enlise bien des décennies!