Survol du mouvement féministe en Haïti

echoayiti.com

Comme c'est le cas dans plusieurs pays, la question du genre et de la sexualité soulève de plus en plus de débats en Haïti, surtout avec l'ensemble des vagues féministes qui constituent une remise en question de l'ordre établi. Le mouvement féministe s'intéresse à la situation sociale, politique et économique des femmes en particulier, et promeut les droits des femmes et leurs intérêts dans la société civile. Mieux, ce mouvement social entend apporter une nouvelle conception de l'être humain. Lumière sur quelques éléments de l'histoire du mouvement féministe haïtien.


Ce mouvement social mené pour et particulièrement par des femmes veut abolir les inégalités fondées sur le sexe, dont les femmes sont encore victimes au quotidien dans les sociétés. Cest ainsi qu'en Haïti, les femmes haitiennes n’ont cessé de lutter jour après jour pour avoir la jouissance de certains droits qui sont reservés seulement aux hommes.


En effet, l'histoire du féministe haïtien est dominé par deux approches, la première présume qu'elle a pris naissance à l’époque coloniale. Puisqu'à cette époque-là, les femmes luttaient contre l’esclavage avec des méthodes, comme l’avortement, l'empoisonnent, entre autres. Ces dernières étaient considérées comme des formes de luttes à caractère féministe. Ces mouvements ont permis à la femme-esclave d'avoir le contrôle total de son corps et également de se débarrasser du système colonial et esclavagiste. L’autre approche considère la création de la Ligue Féminine d'Action Sociale (LFAS), en 1934, comme structure clée de la naissance du féminisme en Haïti. Cette dernière a initié une série d'activités, telles l'éducation civique des femmes, cours du soir pour les ouvrières, création de bibliothèques, pétitions aux instances concernées pour l'ouverture d'écoles pour filles, réclamations d'un salaire égal pour un travail égal, etc.


Les militantes, qui réclameront pendant 25 ans, des libertés démocratiques, s'associeront à d'autres organisations féminines. Finalement, elles obtiendront, en 1950, le droit de vote à l'exception des élections présidentielles. Mais, elles vont attendre jusqu'en 1957 pour arracher réellement leurs droits civils et politiques. De là, elles étaient devenues éligibles à tous les postes électifs. Cependant, cet élan democratique a cassé avec le dictateur François Duvalier (Papa doc), les organisatons politiques et féministes ont été la cible des tontons macoutes. À cet effet, la ligue fut attaquée et certains membres influents de cette structure ont eu le temps de s'exiler pour échapper à la mort. En conséquence, le mouvement féministe a été réduit en silence pendant 29 ans.


Après la chute du régime duvaliériste, les associations féministes se redéployeront. On va dénombrer par la suite une nouvelle génération de féministes dont Solidarite Fanm Ayisyen (SOFA), Kay Fanm, qui revenaient de l'extérieur où elles militaient. Pour réorganiser le mouvement dans le pays, le 3 Avril 1986, a eu lieu une grande manifestation féminine et plus de 30 000 femmes ont gagné les rues de la capitale, sous l’initiative de Fanm d'Ayiti. C'est en souvenir de cette date que le 3 avril sera considérée, depuis 1996, comme la journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes. Plus tard, on a compté plus de 400 groupes locaux de femmes paysannes. Citons entre autres: EnfoFanm, les sections femmes du Mouvement paysan de Papaye (MPP) et de la Confédération Nationale des Éducateurs et Éducatrices d’Haïti (CNEH), le Centre de Promotion des Femmes ouvrières (CPFO).


Il faut dire que, 3 ans avant, soit en 1993, de nombreuses militantes avaient gagné le maquis à cause des abus aux droits humains dont elles étaient victimes, particulièrement le viol qui battait son plein. C'est en mars 1993, lors d'une rencontre nationale contre la violence faites aux femmes qu'elles dénoncieront le viol et d'autres violations de nature politique et autre.


La fin du coup d’Etat militaire va permettre aux féministes haïtiens d'obtenir certains mérites dont la création du Ministère à la Condition Féminine et aux droits de la femme. De plus, sous l’influence des organisations féministes, le parlement a ratifié la convention "BELÉM DO PARÀ", en avril 1996 pour éradiquer la violence faite aux femmes et participera à la Conférence de Beijing en1995.


In fine, grâce à l'action de plusieurs militantes, la constitution de 1987 confère aux femmes des droits égaux à ceux des hommes, quoique la réalité est loin de refléter les dispositions juridiques. Mais, une chose est sûre, les femmes haitiennes sont de plus en plus déterminées à faire respecter leurs droits fondamentaux.