Tentative de compréhension de l’anarchie qui règne en Haïti

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Lorsque nous analysons la République de Platon, il est impossible de ne pas s’y retrouver aujourd’hui. La politique contemporaine nous invite de plus en plus à nous plonger dans le passé. Ainsi ne dit-on pas que le passé nous permet de comprendre le présent? Nombreux sont ceux et celles qui élaborent sur l’instabilité sociopolitique qui sévit en Haïti, sans arriver à propser une sortie de crise fiable, voire à une compréhension globale de la situation. Je ne prétends pas avoir la réponse, toutefois, je compte bien me référer au passé pour comprendre le présent, ce qui nous permettra, éventuellement, de mieux préparer et affronter l’avenir.


Dès mon plus jeune âge, je suis bercée par des chansons engagées qui m’ont tout de suite fait comprendre que je suis née dans un pays où la vie sociale et politique étaient toujours en ébullition. Et en grandissant sur les bancs de l’école, j’ai appris qu'Haïti est la première République noire du monde et que cette fierté d’autrefois est en train de disparaître. Que ce pays à oser rendre l’impossible possible en brisant les chaînes de l'esclavage et du colonialisme, et remettant ainsi en question tout un système d'ordre mondial basé sur l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'époque. Qu'enfin ce pays a servi de modèle à de nombreux pays africains et prêté main forte à plusieurs pays de l’Amérique du Sud dans le cadre des luttes de libération nationale. Et bien d'autres encore. Alors, il est important de se poser la question: Que s’est-il passé? Comment en sommes-nous arrivés à ce niveau?


Mon hypothèse est donc la suivante: l’échec de la cité idéale de nos ancêtres est sans nul doute les conséquences de nos actes et notre incapacité à nous redresser, et surtout à nous regarder en face tout en reconnaissant notre responsabilité partagée dans la descente aux enfers du pays. Sans oublier, les pillages de nos ressources par certaines puissances impérialistes dont les États-unis et la France. Elles ne nous ont jamais pardonné d'avoir rétabli l'homme noir dans sa dignité. Q’est-ce que je veux dire par là? À leurs yeux, notre indépendance a été considérée comme un affront. Et notre prix à payer, c'était bien leur indifférence et leur mépris pendant plusieurs décennies. C’est une évidence! Elles ont tout fait, depuis, pour empêcher à Haïti de se propulser sur la voie du progrès, et cela en complicité avec une frange de l'élite économique et politique.


Si pour nos ancêtres la cité idéale était progressiste et libre, alors pour Platon elle est statique; le changement ne peut qu’engendrer le mal, la décadence. Ce changement qu’a connu l’ancienne colonie française en devenant un pays libre nous ramène à la citation précédente. Ainsi tout changement politique que connaîtra la jeune république ne fera que renforcer le racisme des anciennes ennemies à son encontre.


De 1804 à nos jours, le pays n’a jamais connu une stabilité politique, tout régime confondu. Platon résume ce phénomène assez bien dans son ouvrage "La République". Puisque pour lui “le régime politique idéal est une aristocratie où le savoir et la raison dominent, tous les autres régimes (ploutocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie) sont le fruit de la décadence et du désordre. Ainsi, tout régime politique qui ne maîtrise pas l’aristocratie est voué à l’échec.” Alors que nous propose l’aristocratie de Platon ? Ce régime politique nous propose une Cité idéale dont les dirigeants nommés sont les "gardiens" et responsables de la sécurité et de la gestion de la Cité. Ils sont obligés de se consacrer entièrement au service de l’État. Ils n’ont aucun droit à des richesses matérielles. Toutefois, je ne ferai pas mon analyse sur les autres régimes, je me pencherai sur l’oligarchie et la démocratie. Deux régimes qui selon moi, reflètent bien la question de l’instabilité politique haïtienne d’aujourd’hui.


Si le 7 février 1986 a mis fin au régime tyrannique de Duvalier et que la constitution haïtienne du 7 février 1987 instaure un pays souverain et libre où le concept de la démocratie a pris tout son sens. Cette période de l’histoire haïtienne est quant à moi biaisée, et c’est sans nul doute le résultat de cette décadence que nous vivons aujourd’hui. Misère, chômage, corruption, insécurité, sont le long du quotidien. Ainsi, Haïti devient un pays où le régime politique devient conflictuel dans le sens où deux régimes politiques s’interfèrent, l’oligarchie et la démocratie. Ni l’un, ni l’autre n’a su s’imposer afin de permettre cette domination ou cette société statique dont nous parle Platon. L’oligarchie, c’est-à-dire l’élite et la démocratie pour faire référence au peuple s’affronteront dans toutes les sphères du pays : economique, sociale, politique au prix du sang. D’où l’assassinat du regrettable président Jovenel Moise le 7 juillet 2021. Alors la décadence actuelle du pays où les gangs de rue font la loi, car bien entendu lorsque la démocratie échoue, l'anarchie règne. Or une société anarchique ne reproduit que la violence, des hors la loi, la désobéissance, la non gouvernance, la gangstérisation, un peuple récalcitrant.


Cependant, nous savons que de par la nature changeante de l’homme, les sociétés humaines ne sauraient être statiques. D'où les grandes révolutions, les guerres, les changements de régimes, etc. En ce sens, il y a lieu d'espérer un changement réel, si nous nous inscrivons dans la logique de Cœurderoy qui croit que “le nouvel ordre social ne pourra naître que du désordre, l’harmonie future du déchaînement des passions; la paix de la guerre; le triomphe de l’idée de l’utilisation de la force, voire d’actes de vengeance.”

Faudra-t-il que nous soyons en mesure de nous redresser, ne pas se perdre dans ce chaos pour aboutir à cette nouvelle société haïtienne dont nous rêvons tous.