Viol et pédophilie: Evans Lescouflair va devoir affronter ses victimes

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L'ancien ministre des Sports Evans Lescouflair, objet d'un mandat d'amener émis pour viol et pédophilie, a été arrêté, le samedi 2 juillet 2022, à Panama, par Interpol, puis remis aux autorités judiciaires haïtiennes. M. Lescouflair va devoir affronter ses victimes, entre autres, M. Claude Alix Bertrand qui avait confié, dans la presse, avoir subi des viols à répétition et des agressions sexuelles de la part de l'ancien ministre, alors qu'il était, lui, âgé de 11 ans, à l'époque.


M. Claude Alix Bertrand a salué l'arrestation, le samedi 2 juillet 2022 par les autorités panaméennes, de son bourreau, M. Evans Lescouflair, ancien titulaire du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l'Action Civique (MJSAC), sous le gouvernement de René Préval, entre 2008 et 2011, et récupéré le mercredi 6 juillet 2022 en République Dominicaine par une délégation de la Police frontalière (Polifront) et de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) d'Haïti. Cette arrestation fait suite à un mandat d'amener émis à son encontre pour viol, abus sexuels et atteinte à la pudeur, par le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Jacques Lafontant. D'après M. Bertrand dont les avocats avaient porté plainte en mars 2022, c'est une première étape vers une justice pour les victimes et pour les citoyens haïtiens. Car, dit-il, «il y a beaucoup de gens qui souffraient depuis longtemps», tout en reconnaissant que la route est encore longue.


Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, M. Claude Alix Bertrand avait affirmé avoir été violé, à plusieurs reprises, par Evans Lescouflair entre 1985 et 1987. Pour lui, tout a commencé lorsque, élève à Saint Louis Gonzague, il a été retenu par M. Lescouflair, son moniteur de sport, un après-midi, sous prétexte qu'il n'avait pas participé avec enthousiasme à la classe de sport et qu'il devait reprendre des exercices. «Après le départ de tout le monde, M. Lescouflair m'a demandé de descendre mon pantalon, m'a touché dans mes parties intimes d'une façon dont on m'avait jamais touché auparavant. C'était très inconfortable pour moi. Je lui demandais pourquoi il me touchait comme ça. Il m'a demandé plusieurs fois : «Tu n'aimes pas ça»?, avait-il révélé soulignant que les choses allaient un peu plus loin, chaque fois qu'il était gardé après les cours, jusqu'au jour : «J'ai été violemment violé. Il m'a pénétré. Je pleurais, je criais d'arrêter. Tout ça n'a rien changé». Une situation qui allait durer quelque deux ans avant qu'il s'est définitivement échappé à son prédateur.


M. Bertrand a évoqué d'autres plaintes dont celles de la famille d'un mineur, un footballeur qui s'est suicidé, en 2008, après avoir été violé. Ce n'est pas la première fois que l'ancien ministre de René Préval est accusé de viol sur des petits garcons. Le 3 août 2010, une double plainte pour viol et pédophilie a été déposée par Willio Dor, âgé de 16 ans au parquet de Port-au-Prince. Mais le commissaire du gouvernement d'alors, Me Harricydas Auguste, avait classé le dossier sans suite pour cause d'irrecevabilité du certificat médical réalisé le 5 août 2010 alors que les faits présumés de viol se sont produits le 2 janvier 2010. En 2015, il a été également accusé par Himmler Rebu, alors ministre de la jeunesse et des sports (2014-2015) d'avoir abusé de jeunes joueurs au Centre technique national de la Fédération Haïtienne de Football (FHF), à Croix-des Bouquets. Aucune suite n'y a été donnée.

Selon le journal Britannique «The Guardian», Lescouflair prenait habitude d'abuser de garçons du système de formation du Club Sportif Saint-Louis après avoir mis en place un programme d'académie connu sous le nom d'Anafoot avec l'entraîneur Jacques Succès Orismé, décédé en avril 2020 du Covid. «Jacky, a également violé, tout comme d'autres personnes, beaucoup d'entre nous. C'était terrible. Pendant les trois mois que j'ai passé là-bas, c'était un cauchemar. J'avais 14 ans quand c'est arrivé. Et vous savez un de mes amis était mort à cause de cela. Il s'est suicidé en 2008», a confié audit journal une présumée victime qui a voulu garder l'anonymat.


La mère du joueur décédé, selon le même journal, a déclaré : «Nous avons tellement peur. Lescouflair est toujours un homme puissant. Nous ne faisons pas confiance à la justice ou à la police haïtienne. Notre fils est mort après avoir été violé par cet homme. Nous voulons faire quelque chose, mais quoi ? Nous pourrons être tués rien qu'en révélant notre existence». Pareil pour M.Bertrand. Il a déclaré ne rien avoir dit à l'époque parce qu'il avait peur des conséquences. [...] Je pensais que personne ne me croirait. J'ai même pensé que je pourrais être puni pour cela... [...] Je n'avais que 11 ans, j'étais un enfant et j'avais tellement peur». Des accusations graves, selon plus d'un, et face auxquelles M. Lescouflair devra se défendre dans le cadre d'un procès juste et équitable. Les familles des victimes général ont droit de savoir la vérité. En attendant, M. Claude Alix Bertrand, ambassadeur d'Haïti auprès de l'Unesco, capitaine de l'équipe nationale de Polo d'Haïti et propriétaire de la publication Polo Life Style, appelle à une prise de conscience et une mobilisation de la société contre cette pratique ignoble en vue de protéger les enfants, à l'avenir.


Il est temps que les pédo-criminels, de quel que catégories sociales qu'ils soient, et quelque soit leur statut, répondent de leurs forfaits. De tels actes abominables devraient interpeller la société et ne pourraient pas rester impunis. Dans cette affaire, la justice haïtienne sera encore une fois face à l'histoire. Va-t-elle se montrer à la hauteur de sa mission, surtout à un moment où elle est décriée de toutes parts. Rappelons qu'Yves Jean-Bart, l'ancien président de la Fédération haïtienne de football avec lequel Evans Lescouflair a collaboré durant son mandat à été interdit à vie en novembre 2020, après avoir été reconnu coupable d'abus sexuels et de harcèlement de jeunes joueuses, un autre scandale qui a été révélé par «The Guardian».


Antoine junior

junylevoyageur@gmail.com