Vivre mon deuil-Confidences d’une compatriote

Dernière mise à jour : 15 nov.

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Quand j’étais petite, j’appréhendais la mort. Dans mon esprit, elle représentait un trou noir. Mais je n’avais aucune idée des effets de la mort avant que je perde ma propre mère. J’ai vu mourir mes grands-parents mais ce n’était pas pareil. Avec ma mère, il me semblait que le cordon ombilical qui nous reliait s’était rompu et que la douleur qui s’ensuivit était interminable.


Comment faire face à ces moments de crise interne? Comment combler le manque laissé par l’être cher? Comment vivre son deuil sans tomber dans la dépression? Personne ne peut vraiment répondre à ces questions. Néanmoins, des techniques existent pour aider à traverser ces étapes difficiles de la vie.


1) La prière et la méditation spirituelle

Je ne sais pas ce que je ferais sans la méditation. Il semble que dans ces moments fragiles, on se rapproche davantage du créateur, de l’essence spirituelle de qui nous sommes. Plus les jours passaient sans la présence de ma mère, sans sa voix en écho dans la maison familiale, plus je me reposais sur le Très-Saint pour m’éclairer, me guider et pallier le vide dans mon cœur. Mais j’avoue que ce n’était pas chose facile. Au début, il y avait ce mélange de sentiments : colère, tristesse, manque, frustration, confusion et peur. Puis, progressivement ces derniers faisaient place à l’acceptation de la mort, la reconnaissance du deuil, la gratitude d’avoir eu une mère aussi formidable qui, à sa façon, a voulu changer le monde en enseignant aux enfants à chérir leurs rêves et à s’aimer. Enfin, la prière m’a aidée à évacuer mes larmes, à me vider en quelque sorte, sans réserve, pour ressentir cette profonde sérénité de l’être aimé de Dieu.


2) En parler

Partager ses souffrances, ce n’est pas chose facile. Cela m’a pris du temps pour parler de mon deuil, le partager avec d’autres. Il me semblait que je ne voulais pas la laisser partir. Je ne voulais pas accepter sa mort ni les conditions de cette dernière. C’est ma mère après tout, me disais-je, et elle ne peut pas mourir comme ça. Je devenais incrédule vivant dans le déni, et attendant le miracle tant espéré de le voir guérie. Mais le Maître de l’Univers en a décidé autrement rappelant à ses côtés, sa très chère créature. Notre premier Noël sans elle, nous avons préparé ses plats préférés comme si elle était encore parmi nous. Bizarre, mais on évitait d’en parler. Puis, plus tard dans l’année, les langues se sont déliées laissant place à ces souvenirs, ces rires, ces plaisirs et traditions de ma mère que l’on chérissait ensemble et jalousement pour ne pas les oublier.


3) La thérapie

Le recours à un psychologue est vraiment rare et tabou dans notre communauté. Peut-être parce qu’on a trop longtemps attribué la psychologie à cette science de fou qui rabaisse tout le monde à un état de désordre incontrôlable. On a peur d'être cataloguer de malade mentale voire de fou ou d'être classé dans la catégorie des déprimés et des mélancoliques. Suivant ce même réjugé, je n’ai pas pu faire le saut vers le thérapeute. J’ai pourtant entendu des centaines de témoignages me vantant les mérites d’une thérapie bien réussie. Mais enfermée dans mon cocon, j'essayais tant bien que mal de me refaire un équilibre psychologique. En l’absence de thérapeute, j’écoutais des podcasts qui m’aidaient à me remonter le moral, j’écoutais de la musique, ou je me laissais aller à la création de textes culturels. J’encourage cependant l’aide d’un thérapeute si vous avez des idées suicidaires, si vous passez des nuits blanches et faites face à des cauchemars répétitifs. Cet état d’esprit est destructif non seulement pour votre santé mais également pour le bien-être de votre entourage.


4) S’occuper

Pour éviter de trop penser à mon deuil, je m’étais concentrée sur les gens autour de moi : mes enfants, ma famille, mon travail et surtout mes activités culturelles. Je m’y adonnais avec une énergie particulière. Tout ceci m’a redonné une autre perspective de la vie et m’a permis de voir les choses du bon côté au lieu de me morfondre dans mes pensées morbides. Le fait de voir du monde m’aidait aussi à ne pas trop y penser.


De nos jours, en Haïti, on ne peut compter le nombre de personnes qui vivent en permanence un deuil difficile. Pour certains, ce sont des parents, d’autres, ce sont des enfants et amis. Face à la situation chaotique du pays actuellement, il est important que chacun se souvienne que l’esprit d’entraide et de réconfort mutuel est ce qui nous aidera à sortir de ce gouffre. Nous avons tous déjà pleuré le deuil d'un être cher, lors d'un événement malheureux comme par exemple le tremblement de terre de 2010 ou celui des Cayes en 2020. Nous avons encore plein de blessures à soigner ensemble pour faire face à un avenir meilleur. Un deuil mal vécu peut être un blocage à l’épanouissement d’une personne. Alors, prenons le temps de s’entraider, de se tolérer, de se réconforter mutuellement afin d'affronter non seulement à travers notre deuil national mais aussi nos deuils individuels. Aujourd’hui, je me regarde avec plein d’espoir faisant confiance à l’avenir et à mon potentiel. Après tout, la mort n’est qu’un au revoir !


E. Christina Georges